Saisir les occasions dans un contexte d'incertitude commerciale

Même si le président américain Donald Trump a accordé un autre bref répit à l’égard de ses tarifs douaniers de 25 % sur au moins certains produits canadiens, notre paysage économique demeure clairement menacé.
Bien qu'un rapport récent suggère que Saint John est confronté à une vulnérabilité importante en tant qu'une des villes les plus exposées au Canada, je crois que cette décision représente une opportunité pour Saint John et pour le Nouveau-Brunswick de capitaliser sur nos forces et d'explorer notre potentiel inexploité.
Le port de Saint John, pour sa part, connaît une renaissance qui nous positionne bien, indépendamment de l’évolution de la dynamique commerciale.
L'annonce récente d'Americold – le deuxième plus grand fournisseur d'espaces de stockage frigorifiques au monde – de construire une immense installation de stockage frigorifique dans notre ville représente un développement transformateur. Cette infrastructure permettra de maintenir la chaîne du froid continue nécessaire aux produits alimentaires, du navire au train jusqu'aux points de livraison finaux, une capacité qui nous manquait jusqu'à présent.
Créer des emplois
Ce développement complète les investissements dans les partenariats de services ferroviaires avec le Canadien Pacifique, Kansas City Rail et NB Southern Rail. Plus important encore, ces initiatives créent plus d’emplois dans le port que nous n’en avons vu depuis des générations – peut-être les niveaux d’emploi les plus élevés depuis 50 ans.
En période d'incertitude mondiale, il devient primordial de se concentrer sur ce qu'on peut contrôler. Les grands projets d'infrastructure comme l'expansion de l'usine Irving fournissent non seulement des emplois de construction immédiats, mais maintiennent également des emplois à long terme tout en maintenant nos installations compétitives sur la scène mondiale.
À l'échelle provinciale, nous avons la possibilité de suivre l'exemple de la Nouvelle-Écosse en éliminant les barrières commerciales interprovinciales. Bien que cela ouvre nos marchés aux produits d’autres provinces, cela permet également aux entreprises du Nouveau-Brunswick de vendre sur ces marchés, ce qui permet à l’argent de circuler dans notre économie canadienne alors que nous construisons un corridor économique est-ouest plus solide.
Perspective mondiale
Le moment d'une guerre commerciale américaine ne pourrait pas être plus difficile à déterminer. Selon une nouvelle analyse du Business Data Lab de la Chambre de commerce du Canada, Saint John est la ville la plus exposée au Canada à ces tarifs.
Cette vulnérabilité découle de notre forte intensité d’exportation vers le marché américain et de nos importantes exportations d’énergie – notamment par la raffinerie Irving Oil, qui traite plus de 320 000 barils de brut par jour, dont plus de 80 % sont exportés au sud de la frontière. À l'heure actuelle, un tarif de 10 pour cent s'applique toujours à l'énergie canadienne. Nos produits de la mer et de la forêt sont aussi directement touchés par ces barrières commerciales.
Historiquement, Saint John a conservé une perspective mondiale, avec des compagnies maritimes basées ici connues dans le monde entier. Ce moment nous invite à renouveler cette approche économique tournée vers l’extérieur. Bien que le marché américain soit notre partenaire commercial naturel et pratique, nous avons conclu des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les pays de la région Asie-Pacifique qui restent sous-utilisés une décennie après leur mise en œuvre.
On peut aussi reconnaître la valeur du travail qui se concentre sur les marchés locaux ou canadiens. Les métiers pratiques allant de la mécanique à la coiffure, les professions allant du droit aux communications, représentent des compétences et des services qui se concentrent sur les petits marchés et les marchés nationaux.
Possibilité de croissance
De même, la fabrication avancée représente une opportunité de croissance. Même si notre province compte des entreprises de classe mondiale dans les secteurs de la production alimentaire, des produits forestiers à valeur ajoutée et du pétrole et du gaz, nous pourrions bénéficier d’une production locale accrue de biens de consommation, surtout si le protectionnisme devient la nouvelle norme.
Pour les entreprises actuellement en collaboration avec des partenaires américains, une gestion proactive des contrats peut aider à s'adapter à cette nouvelle réalité. Envisager de mettre en œuvre des dispositions de progressivité des tarifs dans les accords pour remédier à ces obstacles au commerce. Alors que les droits de douane passent de zéro à 25 % du jour au lendemain, les entreprises qui transportent des marchandises à travers les frontières sont confrontées à une perturbation immédiate de leurs chaînes d’approvisionnement.
Au fur et à mesure que nous progressons, une approche stratégique peut prioriser trois marchés dans cet ordre : le marché local, les autres marchés internationaux et le marché américain.
Saint John a déjà fait face à des défis et en est ressortie plus forte grâce à l'innovation et à la résilience. En mettant l'accent sur le développement des infrastructures, la diversification des marchés et la création de secteurs résistants aux pressions extérieures, on peut continuer à prospérer. Il est temps d'agir de manière décisive pour saisir ces opportunités.
Mel Norton est associé chez Lawson Creamer. Il peut être joint à mnorton@lawsoncreamer.com
